
Gustave F. Charpeult — Amour, strass et scalpel.
Charpeult ne se pose jamais en auteur direct : chaque livre est présenté comme écrit par un autre, dans une généalogie fictive vertigineuse qui traverse vingt-cinq ans d'œuvre. Aucune figure d'autorité n'en sort indemne — pères toxiques, institutions corrompues, et surtout un tueur qui se fait passer pour psychanalyste, retournement le plus radical du corpus. La violence y est comptée, rituelle, remontant toujours vers une blessure originelle, comme une cure inversée en arme de fiction. Les femmes oscillent entre ridicule écervelé et adoration dévorante, sans juste milieu. Le rire noir généralisé n'est pas légèreté mais stratégie de survie : dégrader pour rendre supportable. Enfin, la frontière entre fiction et réalité — « qu'est-ce qu'écrire sinon inventer l'autre jusqu'à le faire exister ? » — revient obsessionnellement, jamais résolue. Un créateur qui écrit contre l'autorité tout en s'en emparant sans cesse, jamais au centre de ce qu'il raconte pour pouvoir tout dire.
Romans

La Ribambelle des fous
Escroquerie, dérision et carnage.
Aldous Milet, escroc sans foi ni loi, découvre le secret du richissime Honoré Langdorf : une fortune mal acquise. Il choisit la voie la plus tordue : séduire Anita, fille nymphomane et écervelée de la maison, et attendre son heure.
Mais Serge Cabanac, voisin difforme, amoureux fou d'Anita, est prêt à tout pour la récupérer. Autour d'eux, une galerie de médiocres achevés — médecin lâche, secrétaire nymphomane, gendarme plus doué pour la pêche que l'enquête, mère fanatique de Barbara Cartland. Personne n'a la moindre dignité, et c'est ce qui les rend comiques.
Cadavres, émeute, siège en carnage absurde : par Gustave F. Charpeult, La Ribambelle des fous est une farce noire où la bassesse n'a jamais été aussi drôle.

Bêtement Caroline!
Vertige,
débauche et réel.
« Vous me murmuriez des mots tendres à l'oreille. Nous vivions dans l'extase, dans cette petite chambre minable. La nuit, nous regardions les rats détaler dans la ruelle. Et vous savez ce que ça donne, en finalité ?
— Non.
— Le Goncourt. »
D'un coup de pied dans l'armoire à pharmacie, Gustave F. Charpeult libère un écrivain has been, une journaliste pin-up, un éditeur débordé, Dieu tapi dans l'ombre d'Eco, un frère trop bon, des mannequins sous emprise, une Israélienne orthodoxe et les services de l'immigration. De Tel-Aviv à Paris, jusqu'à la ruelle Hẻm TK24A de Saïgon, plane la désolation des poches si vides qu'on les remplit de néant.
Bêtement Caroline ! est un festin expiatoire servi aux rats.

Sur les traces de Mouhot
Fuite, misère et renaissance.
À cinquante-cinq ans, ruiné et négatif jusqu'à l'os, il fuit la France pour le Cambodge, sur les traces de l'explorateur Henri Mouhot, mort de fièvre à trente-cinq ans après avoir révélé Angkor au monde. De Bangkok à Kep-sur-Mer en passant par Siem Reap et Sihanoukville, entre serrures récalcitrantes, tatouages ratés et voisins cocaïnomanes, le voyage vire à la thérapie : misère et beauté, mensonge et lucidité, Gustave F. Charpeult cherche à renaître par l'écriture, tandis qu'affleurent l'anosmie, un père jamais nommé, une mère perdue, et l'ombre des Khmers rouges. Récit sans complaisance, tour à tour trivial et bouleversant. Suivent des poésies crues, où le sacré épouse le trivial — rage, désir, mort, amour.

Jules et Chantal
Amour, vengeance et pouvoir.
Jules Joffrin, lieutenant à la Criminelle, tombe éperdument amoureux de Chantal Kuhn dans un TGV Paris-Dijon. Enceinte, elle l'entraîne au Vietnam — mais au retour d'une course, Jules découvre un cadavre mutilé, deux doigts tranchés net. Commence une traque obsédante qui le mène au Cap d'Agde puis jusqu'à l'Élysée, où un conseiller tout-puissant sombre dans une liaison masochiste. D'un continent à l'autre, les corps s'accumulent, toujours un doigt de moins — jusqu'à ce que Jules comprenne qu'il doit remonter au tout premier crime avant que le tueur ne s'en prenne à ce qu'il a de plus cher.
Jules et Chantal n'est pas seulement un roman noir : c'est aussi une histoire d'amour et une critique féroce du pouvoir.